25 juillet 2007

Coups... de fils

Le 22/07/07, vers 12h30, mon portable sonne, je suis au volant, pas le temps de répondre. A nouveau, vers 13h. Lors d'un arrêt, je prend le temps d'écouter mes messages.
premier message : "Mon fils, je ne suis pas bien, mais ici ils ne veulent pas m'envoyer à l'hôpital, aide moi s'il te plait".

deuxième message : "Monsieur B., ici la maison de retraite de L., votre père a été hospitalisé ce matin, il semble qu'il a lui même appelé le samu alors que notre médecin ne pensait pas qu'une hospitalisation soit nécessaire, il a manipulé pas mal de monde."

Le 24/07/07, vers 23h30, en pleine partie de jeux videos avec trois collègues, et deux étudiantes infirmières, l'ambiance est bonne, nous rions, mon portable sonne alors que c'est à mon équipe de jouer. Le sourire aux lèvres, je répond.
Mon sourire s'éfface :
"Monsieur B., ici l'hôpital de L., votre père a eu un problème grave. Il y a quelques minutes, il a agressé son voisin de chambre, qui a été transféré à l'hôpital de Montpellier avec un grave traumatisme à l'oeil. Votre père a lui aussi été transféré à Montpellier, il est muté en psychiatrie en hospitalisation d'office."


  Il m'a été difficile de trouver le sommeil la nuit dernière, à force de tourner tout ça dans ma tête.
  Lutter contre un sentiment de culpabilité, à l'idée que je suis en partie responsable de ce qui est arrivé à ce pauvre homme, si j'avais accordé un peu plus de temps à mon père, peut-être celà ne serait-il pas arrivé.
  Faire taire mon côté pervers, qui se demande comment utiliser ce qui est arrivé à mon avantage, en m'attirant la sympathie des autres par exemple, la seule façon que j'ai trouvé de dire ce que j'ai à dire tout en évitant celà est d'être honnête sur ce point.
  Imaginer mon père en unité de soins psychiatriques de crise, lui qui a toujours été terrorisé par la folie, qui ne comprenais pas comment je pouvais faire ce métier.
  Me dire que l'on ne fait pas psy pour rien, que dans mon cas c'était peut-être autant pour me protéger de la folie de mon père que de la mienne.
  M'imaginer la suite... Mon père n'aura sans doutes plus jamais sa place dans une institution de soins normale, ni dans une famille d'accueil. Gérontopsy ou psychiatrie sont des domaines bien plus probables. Mais mon pronostic principal est bien moins positif. Mon père est en perdition depuis des mois, connaissant sa personnalité, je pense qu'il va bientôt tenter de se suicider, et je pense qu'il saura y arriver.
  Ce que j'ai enduré ces derniers temps, ce que lui a subi comme angoisses et difficultés, l'isolement dans lequel il s'est enfermé, me font dire que la mort serait pour lui une solution plus facile que l'enfer qu'il a su créer autour de lui.

Bien sûr, c'est lié au fait que pour moi la mort n'est rien que l'oubli est l'absence de souffrances, et que seuls ceux qui restent souffre du trépas de ceux qui partent.

Pleurerai-je la mort de mon père? Il y a des années que je me pose cette question, je n'ai toujours pas la réponse.

Posté par Chevalier_gris à 15:21 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


Commentaires sur Coups... de fils

    oups!

    Je dois avouer que par tes écrits,je ne voudrais pas être à ta place,la vie m'a l'air d'être assez dur pour toi...je te dirais bien bon courage,mais ce ne sont que des mots...

    Posté par eve, 09 février 2008 à 17:21 | | Répondre
  • ...

    Pour ce qui est de la culpabilité je dirai juste que chacun fait ce qu'il a faire du mieux qu'il peut...ensuite que ce soit ton père ou non, tu n'es pas responsable de ce qui lui arrive... m'enfin, mon courage quand mm!
    Dream Volt

    Posté par Dream Volt, 25 juillet 2007 à 15:36 | | Répondre
  • ...précision...

    quand je dis dit que ce soit ton père ou non, c'est à dire que cela aurait pu être n'importe qui. Selon une certaine philosophie qui peut paaître trash au premier abord, mais que j'affectionne particulièrement, on est tous responsable de ce qui nous arrive... mais uniquement de ce qui nous arrive à nous, et pas à nos proches ou au sdf de new york... juste nous mm... m'enfin, j'ai essayé d'être claire au possib...

    Posté par Dream Volt, 25 juillet 2007 à 15:39 | | Répondre
  • ...

    ...
    que dire...
    que tu ne dois pas te culpabiliser par ta réaction, normale aprés tout ce passé. Il est seul responsable de ce qui lui arrive, ne le perd pas de vue; S'il n'y avait pas eu toutes ces paroles, tout ces faits accumulés pendant des années, s'il y avait eu peut-etre plus d'amour et de compréhension de sa part, moins d'égoisme, tu aurais réagit autrement. Mais je ne suis personne, et je ne me permettrais pas de juger. Surtout que la culpabilité de ne pas avoir essayé de garder un contact entre lui et son petit fils me ronge aussi...

    Je ne sais que faire ou que souhaiter, ce qui peut etre le mieux pour lui en tout cas, et le mieux pour toi aussi.

    Quant à ta dernière question... je pense qu'un jour tu pleureras ton père, oui. Tot ou tard. à sa mort ou bien des années aprés, quand tu auras acquis le recul te permettant de voir les bons côtés et d'accepter les mauvais. Mais encore une fois ce n'est que mon avis sur le sujet.

    Dans tout les cas sache que ton fils et moi sommes là , comme nous le serons toujours , pour toi.

    Bon courage, mes pensées vont vers toi.

    Posté par paillette, 25 juillet 2007 à 16:19 | | Répondre
  • ...

    trois petits points, à la façon de Dame Blanche, juste pour signaler ma présence.

    Posté par l'Ecrivain, 25 juillet 2007 à 18:35 | | Répondre
  • ...

    j'adopte les 3 petits points aussi .... bisous

    Posté par beulette, 25 juillet 2007 à 22:30 | | Répondre
  • ...

    J'ajouterais ce qui me vient toujours dans ces cas-là: on ne peut pas aider qui ne veut pas... on ne peut pas se perdre en aidant les autres.
    Il faut savoir se sauvegarder.

    Posté par Coquine, 26 juillet 2007 à 07:16 | | Répondre
  • ...

    Je me trompe peut-être mais j'ai le sentiment que ce n’est pas seulement lui qui te rend malade.
    A mon sens c’est aussi la pression du devoir d’assistance envers lui qui doit être dur. Le sentiment de responsabilité vis-à-vis de lui, le sentiment d’être responsable de ses agissements.

    D’autant plus dur à vivre surtout quand on a un sens aigu du devoir.

    Aux yeux de notre société, l’assistance à ses proches quand ils sont impotents est un devoir moral, peu importe qu’ils aient été odieux avec nous. Ce devoir moral nous astreint à nous occuper d’eux. Mais dur d’assumer ce devoir quand chaque contact avec lui est une torture.

    "Pleurerai-je la mort de mon père? Il y a des années que je me pose cette question, je n'ai toujours pas la réponse."

    Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on peut pleurer à la mort de quelqu'un. Mais ici je pense que tu fais référence avant tout au fait que traditionnellement les larmes traduisent le chagrin de la perte d’un être cher.

    La question que tu te poses, n’est ce pas un ensemble de questions intimement liées ?

    Est-ce que ce père malgré le mal qu’il me et m’a fait est encore digne d’être compté parmi les êtres qui me sont chers ?
    Compte-il assez, pour que je sois bouleversé par sa perte.
    Mérite-t-il mes larmes ?
    Et si je ne pleure pas, suis-je un salaud au regard du devoir moral ?
    Est-ce que je me sentirais pas aussi soulagé un fois qu’il sera parti ?
    Mais en même temps est-ce que cela ne fait pas de moi un salaud que de me sentir soulagé ?

    Je comprends ton dilemme.

    Enfin, j’espère ne pas avoir mal interprété ce que tu ressens vraiment, sinon toutes mes excuses.

    Amicalement

    Posté par Roi-noir, 27 juillet 2007 à 10:46 | | Répondre
  • débats intérieurs

    Merci de vos commentaires.

    @dream volt : Je défend moi aussi une vision des choses où l'on est responsable de ses actes, et de ses actes seuls. Il n'empéche que je me sens aussi régulièrement responsable des conséquences de ceux-ci. Ensuite, il reste les "et si...", les actes non faits, ce que l'on regrette.
    Dans le cas de mon père, il y a longtemps que je le sais faible psychiquement, et donc en partie irresponsable et dangereux pour son entourage. J'ai mis un maximum de distance entre lui et moi (physiquement et émotionnellement) pour ne pas avoir à être celui qui s'occupe de lui au jour le jour, ni me sentir trop responsable de ses actes, laissant des professionnels payés pour ça s'occuper de lui.

    J'ajoute que j'ai visité ton blog, que je te remercie d'avoir mis en lien, je l'ai trouvé très interressant.

    @Paillette : merci de ton mot. Comme je le disais, il m'a fallu quelques heures d'insomnie avant de régler ces questions dans ma tête, mais déjà au moment où j'écrivais ces lignes, je savais que je n'avais pas à me sentir coupable, et je pense qu'aujourd'hui ce n'est pas la cas.

    @ L'écrivain, coquine, la beulette : merci de votre présence, et ne vous n faites pas trop pour moi.

    @ Roi Noir : En effet cher ami, pendant des années, c'est ce qui a été le plus difficile pour moi, de devoir m'occuper de la personne qui m'a fait le plus de mal, comme si c'était elle l'enfant, et non moi, qui plus est.
    D'autant plus dur quand les gens qui l'entouraient à une période me faisait sentir la façon dont ils condamnaient mon absence, et ne voulaient pas entendre mes mises en gardes. Invariablement, le résultat fut le même, mon pére les a fait souffrir et les a dénigré. Souvent, mais certes un peu tard, ils se sont rangés de mon avis ensuite.
    Cependant, cela a changé il y a presque un an. Avec le retour de voyage de ma mère, et les discussions qui ont suivi leurs échanges. Elle a compris mon point de vue quand je disais que mon père, à mes yeux, est déjà mort, et que d'une certaine façon, je l'ai déjà pleuré il y a longtemps.
    Il y a longtemps que mon père ne m'est plus cher (à part peut-être financièrement ), et que je connais la réponse à ma propre question.

    Mais le doute subsiste, et cette question que je croyais réglée m'a été reposée par une histoire que l'on m'a raconté ou que j'ai lu, peut-être.

    A la mort de sa mère, qui n'avait pas été ce qu'elle aurait pu/du être, une femme d'une trentaine d'années pleura.
    Elle ne pleurait pas la mére qui allait en terre, mais celle qu'elle n'avais jamais eu, et n'aurait désormais plus l'espoir d'avoir un jour.

    Je crois aujourd'hui que si des larmes viennent, c'est de là qu'elles viendront, elles pleureront le père de mes 6 ans, qui me racontait des histoires, et qui était pour moi le meilleur père du monde.

    Mes amitiés à tous.

    Posté par Chevalier gris, 31 juillet 2007 à 11:09 | | Répondre
  • Garder un oeil...

    Sur les conseils de notre amie le Skons, je suis venue aux nouvelles sur ton blog.

    Comme tu peux le voir, nous gardons un oeil sur toi.

    Malgré ces nouvelles difficiles, je reste sereine te concernant : tu prends la chose, aussi douloureuse soit-elle, de la bonne façon. Avec du recul !

    Je suis aussi contente de te voir entouré et soutenu (les messages sur le blog en sont la preuve).

    Je profite également de cet espace pour te dire un grand MERCI - à toi ainsi qu'à Paillette. Nous étions heureux l'Homme et moi que tu sois des notres le 21 juillet. J'aurai aimé être plus présente et pouvoir discuter plus avec toi. Pour une autre occasion peut-être ?

    Pourrais-tu me faire passer les photos de l'évènement ? En échange, je t'enverrai quelques photos de ton fils. Il est trop craquant dessus !

    Je te souhaite bon courage...
    ... et je garde un oeil sur toi.

    Bizzzzzzzzz

    Posté par cixi, 02 août 2007 à 15:33 | | Répondre
  • De tout coeur avec toi...

    Posté par Milie, 05 août 2007 à 22:21 | | Répondre
  • courage

    Courage, je pense que tu sauras quoi faire le moment venu, ne pas calculer même si c'est facile à dire...se laisser aller à ses sentiments...mais tu dois le savoir mieux que moi.

    Je te souhaite vraiment bon courage

    Posté par Lili prune, 28 septembre 2007 à 14:46 | | Répondre
  • ...

    Les semaines passent et je ne me résouds toujours pas à laisser un commentaire détaillé.
    Nous en discuterons, je l'espère.
    Si je ne pourrai pas te voir la semaine prochine, au moins, on pourra se téléphoner.
    J'arrive lundi à Marseille.

    Posté par Blue Monkey, 29 septembre 2007 à 21:43 | | Répondre
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